J'avais mal mais à ce point là? Je ne le saurais jamais. On m'a donné carte blanche, il suffit de me reposer.
Après la grande chaleur, je m'installe sur la banquette défoncée du Sotrama qui m'amène à Sebenicoro, le premier point de transit. La fatigue est lourde, la paresse règne mais l'excitation d'être loin de Bamako soutient mon esprit. C'est l'aventure de ma maladie.
Sebenicoro est une ville en terre rouge. Un endroit que je voulais revoir pour prendre des photos: les rouges, jaunes et gris du paysage s'y mixent parfaitement. Mais pas cet après midi.
Ma lassitude fait en sorte que je n'obtient pas de place dans le minibus qui, en quittant, débordait de gens à l'arrière, portes ouvertes, traînée de poussière suivant le tout. On m'indique un Sotrama déasbusé un peu plus loin. Oui, il va à Siby livré du riz. En effet, ils ont empiler à l'arrière des sacs de 50 kg. Six de haut, quatre de large, quatre de profond. 5000 kg de riz? Cinq tonnes de riz dans une mini fourgonnette, est-ce même possible? Il y encore un peu de place, neuf personnes peuvent encore s'installer. On attend qu'ils arrivent pour partir. Ils arrivent. Maintenant il suffit que les deux femmes avec deux enfants, le vendeur d'oreiller, les deux mécaniciens, la blanche, le pilote et le chauffeur attendent à l'ombre de la camionnette que les mécaniciens fassent démarrer le moteur.
Le soleil se couche. La lumière orange se mélange à la poussière soulevée par le vent.
Le moteur pète le vrombissement de départ. Tout le monde embarque. Comme la blanche est l'invité du Mali, il n'est pas question qu'elle s'installe sur les sacs de riz, elle doit s'installer dans la cabine.
Entre le chauffeur et le pilote, je me brûle les mollets sur la cage du moteur. On roule lentement et tout aussi lentement, le Mali s'étend devant moi. Puis à la première colline, il arrête de s'étendre. Le Sotrama est trop lourd. Il faut sortir et attendre qu'il grimpe la côte. La poussière des voitures et des camions passants s'élève et forme des touffes au long de la route.
La côte conquise, on court pour rattraper la camionnette, on saute, on est en place, on roule.
Personne ne parle dans la cabine. Le chauffeur se concentre sur la route, lançant ses bras de droite à gauche afin de maintenir le tout sur un ligne droite. Le pilote, lui, regarde par la fenêtre guettant ce qu'il vient à l'arrière.
Moi, je me contente de regarder le paysage, la route nationale en terre, les autres camions surchargés de marchandise qui avancent doucement vers la capitale.Dans mon oreille droite, la voix de Maximillien Bouchard est parfaite pour accompagner l'atmosphère de la cabine.
Ils ont mit le chauffage dans le tapis pour éviter que le moteur ne surchauffe. On avance moins que lentement. La chaleur, la poussière, Maximillien Bouchard, le silence, la nuit et 3 heures pour un trajet de 55 km.
Quand soudainement apparaissent sur le bord de la route des sacs et des sacs de mangues, je sais qu'on est dans le Cercle de Siby, le paradis de la mangue. Des lampes de pétrole et des lampes de poche illuminent l'activité du centre village.
Le Sotrama s'arrête subitement.
"An be Siby".
On me tend la main et on me remercie de ma compagnie.
Je suis en brousse pour me reposer.

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